Problemes de pigeons : interets et limites des pigeonniers

Selon Nuisibles & parasites information 57 depuis quelques années, les pigeonniers « fleurissent » dans nos villes. Ils sont présentés par leurs constructeurs et par les associations de protection animale comme la solution la plus efficace de lutte contre les surpopulations de ces volatiles.
Ces pigeonniers sont régulièrement entretenus (fientes enlevées, apport de grains dans la réserve de la mangeoire, oeufs «stérilisés», le foetus est tué par agitation de l’oeuf ou par un autre procédé). La « stérilisation » des oeufs est la justification de l’intérêt de ces nouveaux mobiliers urbains. Les pigeons n’ayant plus de descendants, les effectifs de la population de ces volatiles diminuent progressivement.
Je ne crois pas aux pigeonniers parce qu’ils ne sont pas en adéquation avec la problématique des surpopulations des pigeons en ville. Dans nos villes, les sources de nourriture sont nombreuses. Près de la moitié des rassemblements de pigeons ont une cause alimentaire. De plus, dans certaines maisons, dans certains immeubles et monuments, les lieux de nidification sont eux-aussi nombreux. Et c’est là, la principale faiblesse du système. Une notion extrêmement importante à comprendre est que, dans une population dont les effectifs sont stabilisés une minorité de pigeons se reproduisent. Les raisons du pourcentage élevé de pigeons non reproducteurs sont nombreuses. Aux raisons classiques (animaux trop jeunes, animaux trop vieux, animaux malades), s’ajoutent le fait que de nombreux pigeons ne trouvent pas de lieux pour construire un nid correspondant à leurs « aspirations ». Ces animaux sont, en effet, très exigeants (nid plat, de grand taille, dans la pierre ou le métal, à l’abri des intempéries, et des prédateurs). L’ajout d’un pigeonnier dans un quartier présentant une surpopulation de pigeons en raison de l’existence de nombreux nids, va conduire certains pigeons à s’y installer, mais les nids traditionnels ne seront pas abandonnés pour autant. Des pigeons y nidifieront et des pigeonneaux continueront à y naître. Seule la population d’oiseaux des pigeonniers sera régulée.
À cela, il faut ajouter le fait que les sources de nourriture du pigeonnier profiteront tout autant aux pigeons y habitant qu’aux autres n’y habitant pas mais venant « rendre visite ».
Une étude menée par une équipe du Muséum d’histoire naturelle montre que lorsque l’apport de nourriture est suffisant, il y a pratiquement autant de pigeons visiteurs (venant se nourrir exclusivement dans le pigeonnier, mais vivant ailleurs) que de pigeons nidifiant dans celui-ci. Cet apport régulier de nourriture favorise la fertilité donc la reproduction et la survie des pigeonneaux.
S’il l’on souhaite réellement avoir une action efficace sur la reproduction, il y a lieu de prendre des mesures complémentaires, c’est-à-dire supprimer les lieux de nidification à l’extérieur des pigeonniers. Quel peut-être alors l’utilité d’un pigeonnier ?
Il peut avoir deux fonctions :
• Tout d’abord, faire plaisir à la population, un besoin de nature, présence d’arbres, de fleurs et aussi d’animaux. Rappelons nous les années 70, lorsque les urbanistes ont cherché à construire des villes tout béton, est né le courant de pensée conduisant à rendre pratiquement impossible toute coupe d’arbres à Paris. À avoir cherché à faire disparaître le végétal, il est revenu avec plus de force par la volonté populaire. Cependant, nos concitoyens veulent une nature belle et maîtrisée. Le pigeonnier est un instrument apprécié : il maintient théoriquement une population de pigeons à distance des immeubles et des parkings (la présence des pigeons, mais pas leurs nuisances).
• Ensuite, le pigeonnier est l’un des outils de la gestion des populations de pigeons. Son principal rôle est de maintenir une population de pigeons lorsque ceux-ci risquent de disparaître totalement d’un quartier (particulièrement lorsque la rénovation de l’ensemble des immeubles conduit à faire disparaître tout lieu de nidification des pigeons).En effet, si l’apport alimentaire persiste, la disparition des pigeons laissera la place à d’autres espèces d’oiseaux qui occasionneront des nuisances parfois plus importantes. corneilles, pies, mouettes. Or, le maintien des populations de pigeons est un moyen efficace, écologiquement appréciable de limiter ces nouvelles implantations.
Ensuite, les pigeonniers permettent de faire passer des messages sur l’intérêt de limiter l’apport volontaire de nourriture.
Comme tout outil, l’utilisation d’un pigeonnier nécessite un savoir-faire. Les modalités d’implantation (en particulier le lieu) du pigeonnier doivent être réfléchies en prenant en compte le comportement particulier de ce volatile.
Placer un pigeonnier à proximité d’un ensemble immobilier fait peut-être plaisir à la population, mais conduit souvent à des souillures des bâtiments par les déjections et à des ravalements plus fréquents.
Les pigeonniers peuvent-ils avoir des conséquences négatives ?
pas assez de recul, aucun suivi sanitaire des pigeons du pigeonnier n’a été conduit sur le long terme. On ne peut pas exclure que le pigeonnier favorise le développement de la Chlamydiose du pigeon (encore appelée Ornithose-Psittacose). Or cette maladie est transmissible à l’homme. Elle fait même partie, selon l’Institut National de la Veille sanitaire, organisme public chargé de suivre l’évolution de notre santé – des zoonoses émergentes ou réémergentes qui représentent un risque dans les années à venir. Il s’agit donc d’une maladie à prendre véritablement compte. Cette maladie se transmet par l’air expiré des pigeons malades. Plus l’air est confiné, plus la transmission s’effectue facilement. Or dans un pigeonnier dont le volume est inférieur à 10 m3, plus de 200 pigeons y vivent et presque autant viennent se nourrir. Tout le monde conçoit le fort degré de confinement et donc les risques potentiels de développement des maladies respiratoires dans la population de pigeons. Par opposition, la très grande taille des pigeonniers traditionnels qui existaient dans les fermes avaient pour finalité première de limiter ce confinement et les maladies respiratoires qui en résultaient.

source: http://www.pestcontrolmedia.com/ selon Jean Michel Michaux, Docteur vétérinaire
Président de l’Institut Scientifique et Technique de l’Animal en Ville, Enseignant à E.N.V. d’Alfot
octobre-novembre 2008