Editorial : "La sale crise"

La crise du fipronil et ses conséquences sur la profession 3D

Jean-Michel MICHAUX

 

Parmi les feuilletons de l’été, nous avons eu le droit à la crise des œufs traités au fipronil. Des élevages de poulets et de poules pondeuses ont été traités avec un produit contenant du fipronil ce qui est strictement interdit. C’est le non-respect de ce que l’on appelle classiquement  une restriction d’usage d’un produit biocide.

Au vu des concentrations retrouvées le risque est limité. Ainsi l’ANSES, l’agence française en charge de l’évaluation des risques et de l’attribution des AMM, précise les quantités d’aliments qu’il faudrait consommer pour avoir un risque aigu. Cette agence n’est pourtant pas connue pour être très tolérante.

Cependant, on peut craindre que les conséquences soient assez désastreuses pour les prestataires 3D.

Cela va être désastreux déjà pour le prestataire qui a commis cette faute. Il va être poursuivi en pénalement (il encourt une peine de prison et une amende) et surtout en civil où la justice va lui faire rembourser les pertes subies par les éleveurs et les entreprises agro-alimentaires ainsi que des dommages et intérêts. Cela va se traduire en plusieurs dizaines voire centaines de millions d’euros. Il est responsable de cette situation, il est normal qu’il paie.

Par ailleurs, le respect scrupuleux des conditions d’emploi des produits biocides va devenir sujet médiatique. Aussi, le risque est moins lié aux dangers des œufs traités pour les personnes qu’à l’impact qu’elle va avoir sur les particuliers, sur les organismes certificateurs et sur les pouvoirs publics.

Sans grand risque de se tromper, on peut penser que cette crise va être à l’origine d’un climat de suspicion à l’encontre des prestataires 3D, et de contrôle plus sévère de la part des organismes certificateurs et des pouvoirs publics

Impact sur les particuliers

L’opinion publique, c’est-à-dire les personnes comme vous et moi, retiendrons au moins deux éléments par rapport à notre profession : Fipronil et non respect des conditions d’emploi des produits biocides.

Fipronil : On peut craindre qu’un certain nombre de personnes, qui auront fait des recherches sur internet et qui auront vu que cette substance est aussi considérée comme perturbateur endocrinien et qu’on l’a retrouvé en quantité significative dans les cheveux des enfants, refusent dorénavant toute utilisation chez eux de cette substance…et comme vous le savez, il s’agit de la substance active du Goliath et de quelques produits de maitrise des populations de fourmis.

Non-respect des conditions d’emploi des produits : Nous sommes bien d’accord sur le fait que les prestataires français ne sont à aucun moment mêlés à cette affaire, mais je ne suis pas sûr que ce soit cet élément que l’opinion publique retiendra. Un certain nombre de personnes suspecteront TOUT prestataire de ne pas respecter les conditions d’emploi de produits biocide (non-respect des indications des produits, non-respect des restrictions d’usage…). Ils demanderont de vérifier.

Derrière cet impact sur les particuliers, il y aura nécessaire, car c’est la méthode habituelle, des actions menées par les organismes certificateurs des entreprises agro-alimentaires et par les pouvoirs publics

Les organismes certificateurs

Les organismes certificateurs des normes d’agro-alimentaires (iso22000, BRC, AIB, IFS) vont bien entendu, prendre en compte cette crise et d’une façon plus générale imposer des contrôles plus nombreux sur les produits utilisés

Ceci ne se limitera vraisemblablement pas au domaine de l’Agro-alimentaire. On peut penser qu’il y aura un contrôle plus important de la qualité des interventions des prestataires par les organismes certificateurs pour toutes les entreprises certifiées Iso9001, contrôle prévu dans la norme mais à ce jour non mis en place

Les Pouvoirs publics

Enfin, on peut penser que cette crise va déclencher le contrôle de l’activité des prestataires 3D par les pouvoirs publics. Pour l’instant, les pouvoirs publics ne vérifient pas les méthodes utilisées par les prestataires. Je pense que ce temps est révolu.

Dans chaque département existe la direction départementale de la protection du publique qui est en charge de vérifier que les actions commises ne soient pas des fraudes. Or ne pas respecter les conditions d’emploi par un professionnel est une fraude.

Plusieurs fois, je les ai vus intervenir dans des entreprises. Ils savent remarquablement faire.

Sans que rien ne les annonce particulièrement, Ils viennent un beau jour chez le prestataire. En fait, ils ont déjà un dossier qu’ils ont constitué par exemple chez les clients de celui-ci. Ils demandent des documents, ils interrogent les dirigeants et les personnels. Avec la digitalisation des entreprises et la certification CEPA, toutes les actions sont enregistrées et la vérification est facile à réaliser A la fin de la visite, si des « erreurs » ont été commises, les inspecteurs annoncent qu’ils vont rédiger un procès-verbal qu’ils transmettront au procureur de la République et indiquent les peines encourues. Cela devient un grand moment de stress qui va durer plusieurs mois.

 

Peut-être ces inspections ne commenceront pas avant plusieurs mois, mais ne vous faites pas d’illusions, elles vont avoir lieu. Aussi on ne peut conseiller à chaque prestataire, un respect rigoureux de conditions d’emploi indiquées sur l’étiquette.