NewsLetter n°4
Sécurité
et prévention municipale :
Devancer
les agressions causées par les chiens
Il y a un peu plus d'un an, l’Institut Scientifique et Technique de l’animal en Ville organisait à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort une journée d’étude sur les agressions par les chiens. Bien qu’à cette date, le thème n’était pas d’actualité, nous souhaitions donner les moyens aux collectivités locales d’élaborer des politiques municipales visant à diminuer de manière significative le nombre et la gravité de ces agressions. Sans aucun doute les collectivités ont un rôle important à jouer en la matière.
Vendredi 29 septembre dernier, la presse a relaté qu'à Marseille, un chien a défiguré un enfant de 3 ans. Aujourd'hui, 1er octobre, le maître de ce chien a été placé en détention provisoire, mis en examen pour "détention de chien de 1ère catégorie non stérilisé et blessures involontaires ayant entraîné une ITT supérieure à trois mois".
La question des agressions par les chiens est une question plus complexe et plus grave qu’il n’y paraît. Durant le mois de juin dernier, la presse a mis sur la place publique sur une durée de 15 jours, 5 agressions, dont 2 particulièrement dramatiques puisqu’elles ont conduit à la mort de 2 enfants.
La réalité est que chaque année le nombre d’agressions en France, comme dans l’ensemble des pays développés, est particulièrement élevé.
Il n’y a pas, en France, de statistiques précises :
- L’Institut National de Veille Sanitaire (INVS) révèle, dans son enquête permanente sur les accidents de la vie courante (résultat 2002-2003), que le nombre d’agressions par les chiens serait compris entre 53 000 et 110.000 par an.
- Si on effectue des projections par rapport aux enquêtes effectuées dans différents pays, les hypothèses les plus probables indiquent qu’il y en aurait environ 120.000 dont près de 8.000 nécessiteraient une hospitalisation. Les résultats sont similaires.
Chaque semaine il y aurait près des 2500 agressions et plus de 150 hospitalisations. Durant les 15 jours décriés où la presse nous a signalé les 5 accidents, il y en a eu probablement 5000 et plus de 300 hospitalisations.
Ces chiffres sont importants. Il faut, cependant les relativiser d’une part avec le nombre de chiens (plus de 8 millions ce qui représente 1,5 accident par an pour 100 chiens.
En outre, les statistiques provenant de différentes enquêtes indiquent :
- Actuellement, plus des 2/3 des accidents se produisent avec le chien de la famille ou celui du voisinage ;
- Plus de 50 % des accidents (et plus de 85 % au Canada) ont lieu avec des enfants dont l’âge est inférieur à 15 ans ;
- Parmi ces accidents, les 2/3 se produisent sur des garçons ;
- Les agressions les plus nombreuses sont attribuées, semble-t-il, aux chiens de petite ou de moyenne taille et non pas aux grands chiens.
Au regard de cette étude, les accidents récents ayant provoqué la mort de deux enfants, sont explicites :
1 - Un garçon de huit ans, étranger à la maison, a été égorgé par un bull mastif car il est entré sur le territoire du chien ;
2 - Un bébé a été égorgé par un pitbull car, situé à proximité du chien, il a hurlé au moment où le chien commençait son repas, ce que supportent difficilement les chiens.
Les deux propriétaires de ces chiens n’avaient en aucun cas voulu ou provoqué ces agressions.
L’ensemble des experts en comportement animal souligne que ces accidents auraient pu se produire avec un grand nombre de chiens, même ceux dont la race n’est pas considérée comme dangereuse.
Pour comprendre et surtout mettre en place un programme de prévention des accidents, il faut distinguer deux grands types d’origines :
- d’une part, les accidents qui ont été produits volontairement par une personne qui a rendu volontairement son chien agressif et/ou lui a demandé d’attaquer,
- d’autre part, ce que l’on appelle classiquement les accidents de la vie courante, c'est-à-dire un « traumatisme non intentionnel qui n’est ni un accident de la circulation, ni un accident du travail » selon la définition du très sérieux Institut National de Veille Sanitaire (INVS).
Les accidents de la vie courante ont de très nombreuses origines. Les plus fréquents sont les noyades dans les piscines privées qui ont conduit les pouvoirs publics à imposer des systèmes de protection. On peut citer aussi : les casseroles d’eau chaude qui, en tombant, ébouillantent l’enfant. Les enfants qui jouent avec les couteaux. Les personnes qui tombent de l’escabeau ou se blessent en bricolant. Celles qui se trompent de bouteille et boivent de l’eau de javel…
Contrairement à ce que pense l’opinion publique et dont la presse se fait le relai, parmi les accidents provoqués par les chiens, la grande majorité de ces agressions fait partie des accidents de la vie courante. Les accidents liés aux actes de délinquance volontaire sont heureusement beaucoup moins nombreux.
Il en va de même pour les accidents de piscine : il y a beaucoup plus d’accidents par négligence de surveillance des enfants que de personnes que l’on tue volontairement en les noyant dans la piscine.
Même s’ils sont beaucoup trop nombreux, les accidents liés aux chiens ne représentent qu’une petite proportion des accidents de la vie courante. Selon l’Institut National de la Veille Sanitaire (INVS), chaque année, 4,45 millions de nos concitoyens seraient victimes de ce type d’accident – toutes causes confondues – dont la gravité nécessiterait la conduite aux urgences d’un hôpital et dont 20.000 personnes en décéderaient.
Aussi, il n’est pas possible d’envisager de réduction drastique du nombre d’accidents liés aux chiens sans une compréhension approfondie des origines diverses de ces accidents.
Deux notions sont essentielles à prendre en compte :
- Des chiens sont agressifs et représentent un danger. Des chiens de n’importe quel race peuvent être dangereux. L’agressivité d’un chien a de nombreuses origines. Les chiens ayant certaines pathologies nerveuses, les chiens peureux, les chiens présentant des troubles de la hiérarchie, les chiens dyssocialisés, les chiens hyperactifs-hypersensibles, les chiens ayant une notion majeure de garde territoriale, les chiens à la mode… sont des chiens à risque.
- De plus, un chien sympathique peut se défendre et provoquer un accident s’il se sent agressé. Par exemple, le risque dans le cadre familial existe lorsque l’enfant va embêter le chien qui s’est caché sous l’armoire ou celui qui mange. De même, le risque à l’extérieur existe pour l’enfant lorsqu’il caresse un chien qu’il ne connaît pas ; lorsque deux enfants se disputent ou simplement chahutent en présence du chien de l’un des enfants ; lorsqu’un enfant court en présence d’un chien en liberté…
Assimiler tous les accidents liés aux chiens à des actes malveillants serait, à nos yeux, une erreur qui conduirait à faire perdurer le nombre élevé d’accidents. La Loi du 6 janvier 1999, malgré les dispositions drastiques mises en place n’a pas conduit à une diminution de ces accidents.
Il n’y aura une diminution significative que si l’on ajoute aux mesures répressives existantes, un plan de prévention visant à :
- donner la possibilité d’évaluer sérieusement l’agressivité des chiens et de demander aux propriétaires de chiens dangereux de prendre des dispositions de prévention,
- développer l’éducation canine pour prévenir certains troubles et donc diminuer le nombre de chien dangereux,
- donner les informations aux parents pour connaître les situations à risque et les prévenir,
- éduquer les enfants par rapport aux chiens, en particulier leur apprendre les quelques attitudes qui permettent d’éviter les accidents.
Assurément une telle démarche additionnelle serait de nature à rassurer vos administrés.
Jean-Michel MICHAUX
Président de l'I.S.T.A.V.
Le 1er octobre 2006
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