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NewsLetter n°1

Grippe aviaire : Doit-on tuer tous les oiseaux de nos villes ?

L’objectif de cette lettre est de préciser l’importance des oiseaux de nos villes dans l’épidémie asiatique de grippe aviaire, les conséquences pour notre avifaune du développement de cette maladie, et les risques pour nous, humains.Depuis le début du mois de septembre, la grippe aviaire est devenue un thème d’actualité au point que le Président américain G.W. BUSH et le premier Ministre français Dominique de VILLEPIN sont intervenus sur ce sujet à la tribune des Nations Unies.Aussi la très sérieuse Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) indique dans un rapport récent « les experts s’accordent pour dire qu’une autre pandémie de grippe est inévitable et peut-être éminente » et prévoit dans les années à venir une pandémie de grippe humaine liée à la grippe aviaire.Durant les entretiens de Bichat, le 15 septembre dernier, il a été annoncé, qu’en France, cette pandémie de grippe humaine pourrait atteindre entre 9 et 21 millions de personnes et occasionner entre 17.000 et 40.000 décès. Ceci, dans un pays ayant de bonnes conditions sanitaires, des moyens thérapeutiques performants et une extraordinaire mobilisation de l’ensemble du système de santé ; c’est dire les ravages qu’elle risque d’occasionner dans d’autres pays. Rappelons que la Grippe espagnole de 1918-1919 a entraîné plusieurs dizaines de millions de morts ; certains ont même annoncé le chiffre de 100 millions.Aussi pour bien comprendre ce qui risque de se passer, il faut effectuer une distinction entre deux épidémies différentes :
l’épidémie de grippe aviaire qui atteint essentiellement les oiseaux, se transmet essentiellement entre oiseaux et très exceptionnellement à l’homme (ne se transmettant alors pas d’homme à homme), et
l’épidémie de « grippe liée à la grippe aviaire », pour reprendre les termes de l’O.M.S., qui pourrait atteindre essentiellement l’homme et qui deviendrait indépendante des oiseaux.

Rappel des Faits
Depuis quelques années, est apparue une épidémie de grippe aviaire dans le Sud-Est asiatique par le virus H5N1. Elle atteint les volailles mais a aussi touché quelques espèces d’oiseaux sauvages. Sa gravité a fortement progressé. De plus, à partir de 1997, on a pu noter quelques cas de transmission directe de la grippe aviaire à l’homme. La présente épizootie a tué une soixantaine de personnes depuis deux ans en Asie du Sud-Est. Le virus a été retrouvé chez 6000 oiseaux migrateurs morts dans cette partie du globe, et depuis peu, dans des élevages de volailles en Sibérie.

Rappels de la biologie du virus de la grippe aviaire

Quelles sont les espèces susceptibles d’être contaminées ?
Le virus de la grippe aviaire H5N1 appartient aux virus influenza de type A. Il est voisin de celui de la grippe espagnole H1N1.Ce virus H5N1 est susceptible d’infecter toutes les espèces d’oiseaux. Certaines d’entre elles (principalement les canards) sont plus résistantes à l’apparition de la maladie, mais présentent un danger important de transmissions, étant alors « porteurs sains ».Ce virus se transmettrait assez facilement des oiseaux aux porcs, et avec plus de difficultés à l’homme, mais il ne se transmet pas d’un être humain à un autre. Il n’y a donc pas de risque direct de pandémie.La contamination s’effectue à la différence du virus grippal humain, non par l’air expiré, mais par les fientes. La contamination d’un être humain interviendrait donc par l’absorption d’une substance souillée par les fientes : il peut s’agir principalement de l’eau. Le virus est assez résistant dans le milieu extérieur (jusqu’à 30 jours dans l’eau).

La virulence du virus n’est pas constante
, mais susceptible d’évoluer. Ainsi périodiquement, par mutation apparaissent des variants pathogènes qui entraînent une mortalité plus forte, chez les oiseaux et peuvent même occasionner une mortalité humaine. Ainsi est apparu en Asie, le génotype Z, hautement pathogène, responsable des décès mentionnés précédemment. C’est vrai aussi pour les virus humains, responsables des « habituelles » épidémies hivernales.A la différence des virus faiblement pathogènes, les virus hautement pathogènes se répandent peu en dehors de leur lieu d’origine. Pour une raison simple : l’état des animaux atteints par les virus hautement pathogènes se dégrade très rapidement et ils sont incapables de se déplacer sur de longues distances, voire, meurent très rapidement. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de risque pour les pays européens.

Le virus peut acquérir la capacité de se transmettre entre les êtres humains et ainsi apparaît le risque de pandémie. C’est, en termes de santé humaine, le risque majeur. Ceci ne peut s’effectuer que par recombinaison chez le porc ou chez l’homme du virus de grippe aviaire avec le virus de la grippe porcine ou de la grippe humaine. Il y a donc nécessité d’une contamination concomitante d’un porc ou d’un homme par le virus de grippe aviaire et celui de la grippe propre à son espèce. Ceci est peu probable dans les pays européens en raison des précautions sanitaires, mais sans doute plus dans les pays du Sud-Est asiatique où les conditions sanitaires sont largement moins bonnes et l’épidémie de grippe aviaire largement plus étendue. Il est à préciser qu’il s’agirait alors d’un nouveau virus différent de celui de la grippe aviaire et qui aura profondément évolué par rapport à celui-ci. Dans cette évolution, il y a de grande chance de voir modifier sa capacité d’infecter les oiseaux et son mode de transmission par voie fécale (transmission par voie aérienne comme les virus grippaux humains).

Quels risques représente notre avifaune et quelles conséquences pour elle de la situation actuelle ?
Nous avons vu que deux épidémies très différentes sont à prendre en compte :

l’épidémie de grippe aviaire atteignant principalement les oiseaux, et liée au virus non recombiné, et
l’épidémie de grippe humaine, éventuellement d’origine aviaire atteignant préférentiellement l’homme et liée au virus recombiné.

Epidémie de grippe aviaire
La grippe aviaire liée au virus H5N1 non recombiné atteint principalement les oiseaux. Dans notre pays, en raison des règles sanitaires, elle ne présente pas de véritables risques humains. Cette épidémie est en train de progresser rapidement, puisque partie, en 1997 de Hong Kong, elle a atteint l’ensemble de la Chine, le Vietnam, la Thaïlande, l’Indonésie et depuis peu de temps la Sibérie.Cette épidémie pourra atteindre l’Europe par deux voies possibles :
Les oiseaux migrateurs. Malgré l’avancée rapide en Asie, les risques n’apparaîtront qu’au printemps selon les experts de l’A.F.S.S.A., en raison des itinéraires de migration des différents oiseaux. Il est possible que les oiseaux habitant la France une partie de l’année soient infectés dans les pays d’Afrique en hiver et reviennent contaminés en Europe au printemps.

2 précisions sont à apporter :
d’une part, il n’est pas sûr que le virus ainsi importé soit hautement pathogène, mais il pourrait le devenir par mutation,
d’autre part, les espèces d’oiseau qui posent le plus de problèmes sont les canards en raison :

de leur moindre sensibilité au virus (le nombre de porteurs sains plus élevés favorise la diffusion du virus),
de leurs capacités à effectuer des migrations Est-Ouest à la différence des autres espèces d’oiseaux qui effectuent des migrations Nord-Sud,
de certaines techniques de chasse (canards appelants),
du fait que le canard colvert est l’ancêtre des canards domestiques, donc de la même espèce,
de la présence de ces oiseaux dans les villes.

L’importation d’oiseaux contaminés ou de statut sanitaire inconnu sur le territoire national en provenance de zones infectées. L’absence de précautions dans l’importation d’oiseaux est aujourd’hui criminelle. Il y a plus de risque d’importer des virus hautement pathogènes.

En tout état de cause, les autorités sanitaires savent combattre cette épidémie animale (épizootie). Selon des plans établis de longue date par les autorités sanitaires, des mesures drastiques seront prises par rapport aux élevages de volailles et de porcs infectés pour éteindre immédiatement tout foyer naissant. Les méthodes employées, basées sur l’abattage immédiat des animaux contaminés et des animaux au contact, ont prouvé dans le passé leur efficacité pour empêcher tout développement.Actuellement, notre avifaune n’est pas concernée par ces mesures. Seule, une surveillance est réalisée pour mettre en évidence une contamination éventuelle. Les experts de la Commission à Bruxelles se réunissent actuellement pour étudier les mesures à prendre.En Europe, on peut aussi craindre une forte contamination de notre avifaune sans que nous soyons pour l’instant capables d’en mesurer l’impact : Le virus sera-t-il faiblement ou hautement pathogène ? Y aura-t-il une forte mortalité ? Les autorités sanitaires imposeront-elles des mesures drastiques ?Si les précautions sanitaires sont respectées, l’impact sur la santé humaine en France devrait être nul, ou très faible, de toute façon largement inférieur aux 3000 morts dues à la grippe « classique » chaque année.

Epidémie de grippe humaine d’origine aviaire
Très différent sera la pandémie de grippe humaine d’origine aviaire liée au virus recombiné. Elle représente le risque majeur pour la santé humaine. Les prévisions de risques de mortalité humaine se mesurent en dizaine de milliers de morts en France et en dizaines de millions de morts dans le monde.Comme nous l’avons précisé précédemment, il est fort probable :

que la recombinaison du virus de la grippe aviaire ait lieu en Asie du Sud-Est, qui sera alors le foyer initial de contamination humaine,

que les oiseaux n’interviennent pas ou très peu dans la propagation de l’épidémie puisque la transmission des virus recombinés s’effectuera d’être humain à être humain,

que les 2 épidémies se développeront de façons totalement indépendantes l’une de l’autre. La progression de la grippe humaine pouvant être extrêmement rapide, l’épidémie de grippe humaine liée à la grippe aviaire pourra atteindre notre pays avant l’épidémie de grippe aviaire. En effet, les migrations des oiseaux sont particulièrement lentes, alors que la contamination de notre pays par un homme infecté revenant d’Asie en avion ne prendrait que 10 à 15 heures.

Nous serons alors dans une épidémie purement humaine, dans laquelle notre avifaune ne jouera plus aucun rôle. Toutes mesures à l’égard des oiseaux deviendront alors totalement inutiles.


Tout ceci reste une liste de scénario dont la probabilité d’émergence est bien difficile à établir et à chiffrer. L’imminence d’une pandémie ou d’une panzootie n’est pas vraiment démontrée.

Il n’est donc pas nécessaire de tuer tous les oiseaux, comme la F.A.O. l’a déjà mentionné…

Jean-Michel MICHAUX - Président de l'I.S.T.A.V.
Le 4 octobre 2005.
Je remercie le Professeur Jeanne Brugère-Picoux (ENVA) et le Docteur François Moutou (AFSSA) pour les informations qu’ils ont mis à ma disposition

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